L’IA et les attentes en matière de taux d’intérêt

Le mois de mars commence, et la situation reste toujours la même, les marchés boursiers continuent d’établir des records, comme c’est le cas au Japon, où l’indice Nikkei 225 a atteint les niveaux d’il y a 36 ans, juste avant que la bulle immobilière ne commence à se dégonfler.

L’indice allemand DAX continue lui aussi d´atteindre les sommets historiques. Le paradoxe de ces deux marchés réside dans le fait que ces pays se trouvent actuellement en récession technique, étant donné que les dernières données trimestrielles connues du PIB du 4T ont été négatives.

Il est clair que les marchés sont guidés par des attentes qui ne doivent pas nécessairement coïncider avec la réalité actuelle.

À la fin du mois de février, les principales bourses ont enregistré des gains importants, l’indice S&P500 progressant de +8 % et l’indice Nikkei 225 de +19 %, tandis que la lanterne rouge des marchés a était une fois de plus le marché boursier chinois avec l’indice Hang Seng en baisse de -2 %. Il convient également de noter la performance des Sept Magnifiques, avec trois retardataires, Apple, Alphabet et Tesla, en territoire négatif depuis le début de l’année. En ce qui concerne les obligations, elles ont généralement eu un comportement négatif, à l’exception du High Yield en euros et en USD. Les spreads de crédit sont à des niveaux très bas (le coût de financement des entreprises a été réduit pour cette partie).

IA

En ce début d’année, il faut mettre en relief les bonnes performances des entreprises liées à l’IA (Intelligence Artificielle), notamment le grand comportement de l’entreprise leader Nvidia, après une présentation des résultats impressionnante, et offrant des prévisions pour cet exercice bien au-delà de ce que la plupart des cabinets d’analyse attendaient.

D´autre part, il est important ainsi de mentionner que nous sommes déjà en train de finaliser la publication des résultats du 4T et en particulier pour le S&P 500, avec 98% d’entreprises qui ont déjà présenté les résultats et dont le bénéfice de celles-ci a augmenté de +4%. L’expression qui a été la plus répétée dans cette publication est l’IA, ce qui a conduit de nombreuses entreprises à accroître avec une grande virulence dans le feu de leurs commentaires toujours liés à l’intelligence artificielle.

Pour vous donner un exemple, il suffit de regarder la performance de Super Micro Computer, qui a augmenté de 68 % au cours du dernier mois. Les entreprises qui ont déçu à la fois par leurs résultats et par le fait qu’elles ne transmettaient pas de bons présages en matière d’IA ont subi de fortes baisses, comme Apple et Alphabet.

L’économie américaine ne recule pas pour le moment

Du côté macroéconomique, le PIB de l’économie américaine a augmenté de 3,2 % au quatrième trimestre et ne montre aucun signe de ralentissement, bien au contraire. Ceux qui attendaient un ralentissement depuis longtemps devront patienter encore un peu.

Une autre donnée que nous avons connue est le PCE +2,4%, qui est l’une des données d´inflation suivie de près par la FED. La macro européenne continue de montrer des signes de faiblesse au regard de la publication de données montrant une stagnation économique dans la zone euro et, en particulier, en Allemagne.

Des expectatives de taux d’intérêt plus réalistes

À la fin de l’année dernière, après la dernière réunion de la Réserve fédérale, les marchés s’attendaient à des baisses de taux d’intérêt de plus de 175pb, dont la première aurait lieu à partir de mars 2024.

Taux d'intérêt 2024

Bien que M.Powell a toutefois précisé qu’il s’attendait à une baisse prévisible de 75 points de base cette année. Actuellement, le marché ne s’attend pas à des baisses de taux aux États-Unis avant le mois de juin (probabilité de 80 %) et prévoit également trois autres baisses de taux jusqu’en janvier 2025. D’autre part, pour aggraver la situation, un membre du FOMC, M. Bostic, a géré les attentes, évoquant une baisse au troisième trimestre, puis une pause au quatrième trimestre, de sorte qu’il n’y aurait finalement qu’une seule baisse cette année. Nous ne savons pas comment le marché le prendra après avoir escompté 175bp au début de l’année et qu’en fin de compte nous n’aurons qu’une réduction de 25bp. Pour l’instant, ce sont les données sur l’emploi qui corroboreraient ce scénario, car elles continuent d’être bonnes.

Au cours de sa dernière intervention devant le Congrès cette semaine, M. Powell a une nouvelle fois confirmé que les autorités n’étaient pas pressées de réduire les taux et qu’ils suivraient de près les données relatives à l’inflation, l’objectif étant fixé à 2 %. En fin de compte, il semble que nous ayons fait un aller-retour dans les anticipations de baisse des taux, compte tenu de la mauvaise performance de la plupart des indices de Revenu Fixe.

Exubérance irrationnelle?

En décembre 1996 (certains d’entre nous ont eu la chance de vivre cette période), le président de la Réserve fédérale de l’époque Alan Greenspan, a prononcé l’une de ses phrases les plus célèbres : « Exubérance irrationnelle sur les marchés » (motivée par la surévaluation des marchés boursiers et en particulier des entreprises technologiques, connue sous le nom de « dot-com boom »). Nombreux sont ceux qui comparent aujourd’hui le boom des dot-com à la situation actuelle, où seules les nouvelles positives sont prises en compte et où la hausse des marchés boursiers ne semble pas prête de s’arrêter.

Cette année, certains indices atteignent encore de nouveaux sommets historiques tandis que d’autres retrouvent des sommets établis il y a 20 ans. La question ici, est de savoir si nous ne sommes pas en train d’aller trop loin (ou, en d’autres termes, si la loi du pendule n’est pas à son maximum). Si nous jetons un coup d’œil aux valorisations, nous nous trouvons dans la situation habituelle, le marché boursier américain (S&P500) se négociant (P/E 21x), ayant une prime par rapport au reste et plus particulièrement par rapport au marché boursier européen (Sxxp600 P/E 17X). Pour l’instant, ces valorisations ne semblent pas exagérées, en tout cas pas du tout. L’évaluation des États-Unis, en particulier, serait justifiée, car c’est là que l’on trouve des entreprises de grande qualité et en pleine croissance qui ont mené le monde (il est donc normal qu’elles se négocient à des multiples plus élevés). À l’heure actuelle, les marchés américains sont toujours sous la conduite des « Magnificent Seven », dont les bénéfices ont augmenté au même rythme que ces derniers. Il ne s’agit donc pas d’une hausse due à l’expansion des multiples, comme cela s’est produit lors du fameux « dot-com boom ».

Pour cette année, on s’attend à une croissance des bénéfices pour le S&P 500 de 10% et de 20% en moyenne pour les sept magnifiques. Dans la mesure où cette tendance se poursuit, je ne m’attends pas à ce que beaucoup de choses changent à court terme, car les marchés boursiers augmentent en même temps que leurs bénéfices.

Pour finir, revenant à 1996, je voudrais juste rappeler que près de trois ans et demi se sont écoulés entre le moment où Greenspan a prononcé sa fameuse phrase et l’éclatement de la bulle.

Chez Kudo Invest, nous continuons à conseiller à nos clients de rester investis dans la partie courte de la courbe et d’investir dans des sociétés de qualité dont les fondamentaux sont bons et les valorisations sont en rapport avec la croissance des bénéfices.

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